Cover: La culture du prendre-soin

La culture du prendre-soin
Vivre vieux


EUR 18,90

Format: 13,5 x 21,5 cm
Nombre de pages: 94
ISBN: 978-3-7116-1315-8
Date de publication: 08.01.2026
La culture du prendre-soin explore, avec sensibilité, notre rapport à la vieillesse. À travers une approche humaine, l'auteur nous invite à repenser le soin. Ce livre rend hommage aux personnes âgées, aux soignants et à tous ceux qui offrent leur présence.
Mon cher ami,

Il y a des rencontres qui dépassent le cadre d’un terrain de football, qui marquent encore plus qu’un but inscrit dans les dernières secondes du match, qui laissent une empreinte durable dans le parcours d’une vie humaine. La mienne, avec toi Pedro Fernandes, en fait partie.

Depuis nos premières rencontres, comme joueurs d’abord, et ensuite comme formateurs au sein de la Team AFF-FFV, j’ai trouvé en toi non seulement une personne passionnée, mais aussi un vrai coéquipier de réflexion, de partage de valeurs authentiques liées au bien-être. Et de projets parfois un peu fous… comme ce livre.

Tu as cru en cette idée alors qu’elle n’était encore qu’un simple manuscrit parmi tant d’autres. Tu m’as soutenu avec une générosité discrète mais profonde, avec ce mélange qui te caractérise : une conviction calme, un humour toujours bien placé, et cette capacité à encourager sans imposer.

Grâce à toi, ce projet a franchi les étapes comme une équipe qui progresse match après match, en gardant le cap malgré les moments de fatigue ou de doute. Ton soutien a été la passe parfaite au bon moment, celle qui sort le ballon de la zone de récupération et qui fait attaquer l’espace libre.

Sans toi, « La culture du prendre-soin » serait peut-être à l’échauffement ou même encore dans les vestiaires. Alors merci, sincèrement. Merci pour ta confiance. Merci pour ton amitié. Merci d’avoir été, dans cette aventure d’écriture, ce que tu es aussi sur le terrain : un formateur généreux, un esprit d’équipe et un homme qui joue toujours pour faire progresser les autres.

Pedro, ce livre porte ton empreinte et j’en suis fier.

Avec toute ma gratitude !



Préface

Certaines personnes redoutent l’injustice, d’autres craignent la pauvreté, la maltraitance, la dépendance, la solitude, la maladie ou la fin de vie. Pour d’autres, c’est la vieillesse qui suscite de l’appréhension.

Je me souviens du vieil homme. Il était là, comme chaque matin, installé face à la fenêtre. Même chaise. Même tasse. Même calme apparent. Mais ce jour-là, son regard flottait. Je me suis approché. Je lui ai parlé doucement. Il a mis du temps à me répondre. Puis il m’a dit sans amertume, presque en constat : « Aujourd’hui, personne ne m’a touché ».
Il était 11 heures du matin. Il avait été levé, soigné, habillé, nourri. Mais personne ne l’avait touché. Pas avec une présence. Pas avec attention. Il avait été pris en charge, mais pas pris en compte. Donc, pas regardé. Ce jour-là, j’ai compris que le véritable soin commence bien avant le geste médical. Le soin s’enracine dans une qualité de relation. Il ne s’invente pas au moment de la crise. Il se cultive. Il est l’expression d’une attention au monde, d’une manière d’être à l’autre. C’est un regard. Une voix. Un temps offert. Nous n’échapperons pas à la vieillesse. C’est une étape inévitable de notre existence. Un jour, on dira : « Lessebet a vieilli », « Idriss le vieux », « Ablan la vieille », « Ayewa le vieillard ». Les beaux jours de la jeunesse passeront et la vieillesse s’installera.
Vieillesse. Ce mot, en apparence simple, devient lourd de silence dans nos sociétés modernes. On vit plus longtemps, certes. Mais dans quelles conditions ? Avec quel soin ? Quelle considération ? Quelle présence ? J’ai vu trop de regards s’éteindre dans l’oubli, trop de corps traités sans égard, trop d’aidants s’épuiser en silence. J’ai compris que le vrai combat n’est pas tant de vivre vieux, mais de pouvoir encore exister dans les yeux des autres. C’est là que commence le soin, dans cette reconnaissance fragile, mais fondamentale.
La Culture du Prendre-Soin est un appel. Un cri doux, mais ferme, pour remettre le soin au cœur du lien social. Pour repenser ce que signifie « vivre vieux » dans un monde où la vulnérabilité dérange. Il ne s’agit pas d’idéaliser, encore moins de moraliser, mais d’oser dire que nous avons besoin d’autre chose qu’une bonne organisation des Établissements Médico-Sociaux (EMS) ou des plans grand âge. Nous avons besoin d’une culture : une culture du prendre-soin.


Le Pflegehelfer

La vieillesse arrive. Ne détournons pas le regard. Restons solidaires. Restons mobilisés. C’est vrai, les plus anciens parlent peu, mais n’oublions pas que leur vie, leurs sacrifices, leurs combats parlent encore et toujours pour eux. Ils ont bâti toute leur vie, ce dont nous profitons aujourd’hui avec fierté mais malheureusement avec arrogance aussi. La parole est une force, elle peut blesser comme elle peut réparer. Utilisons-la pour valoriser, respecter, honorer, soutenir, motiver et encourager.
Lorsqu’on voit une personne âgée en maison de retraite ou en institution, évitons de poser la mauvaise question. Ne demandons pas ce qu’elle fait là mais demandons-nous plutôt ce que nous faisons, nous, pour qu’elle s’y sente accompagnée, respectée et digne. Avons-nous oublié tout ce qu’ils ont donné ? Toute une vie de travail, de renoncements, d’amour transmis sans compter. Parler de cela est difficile, mais c’est nécessaire parce que la façon dont une société traite ses anciens dit tout de ses valeurs. Alors oui, je choisis de parler, de dire les choses, même si elles dérangent. Parce que le silence, lui, est complice. Détourner le regard, c’est cautionner. Faire semblant, c’est trahir. Je veux que mes mots soient le reflet de mes convictions, même si mes mots tremblent et sont par moment imparfaits. Je veux porter la voix de ceux qu’on entend plus, qu’on approche par obligation, qu’on regarde sans voir, qu’on touche sans écouter, donc sans comprendre. Accompagner, ce n’est pas seulement faire à la place de, il ne suffit pas de répondre à un besoin physique. C’est reconnaître la personne dans toute son humanité, ses blessures, ses désirs, ses silences aussi. C’est oser poser la question : « Comment vas-tu, vraiment ? » et prendre le temps d’écouter la réponse.
Il est temps de remettre du sens dans nos gestes, de redonner du cœur à nos actes, et de faire de chaque présence un acte de soin. Pas seulement soigner un corps, mais accompagner une vie pleine d’histoires. Parce qu’au fond, c’est cela que mérite toute personne âgée : être vue, entendue, respectée… jusqu’au bout. Pour cela, il faut du courage. Le courage d’aller au-delà des protocoles, des horaires serrés, des checklists à cocher. Il faut le courage de ralentir, de regarder l’autre dans les yeux, de tendre la main sans la précipiter. Le courage de se remettre en question, de se demander si notre manière de faire est vraiment au service de l’autre, ou si elle ne sert que l’efficacité et l’habitude ou encore le chiffre d’affaires. L’accompagnement commence là où s’arrête la routine. Il débute quand on accepte d’être touché, ému, parfois bouleversé. On comprend qu’on ne soigne pas un « cas », mais qu’on prend soin d’une personne, qui a une histoire, une présence. Un être unique qui mérite d’être reconnu et non réduit à sa dépendance ou à son âge. Nous savons tous que pour comprendre, il faut d’abord écouter. Pour écouter, il faut entendre. Et pour entendre, il faut que la communication ait lieu. Or pour communiquer, il faut oser prendre la parole. Merci de m’autoriser à exprimer à voix haute ce que je ressens. Merci de m’offrir l’espace pour parler de cette culture essentielle qu’est celle du « Prendre-Soin », en particulier dans le contexte de l’accompagnement au bien-être des personnes âgées. Merci d’entendre, d’écouter et de chercher à comprendre le savoir-faire et le savoir-être de celles et ceux qui pratiquent l’Humanitude, car tout acte accompli avec bienveillance, affection, patience, attention, humilité, sincérité, sympathie, honnêteté et tendresse, tout ce que l’on fait sans jugement ni hypocrisie, dans le seul but de soulager les préoccupations d’une autre personne, surtout lorsqu’il s’agit d’une personne âgée, incarne pleinement la Culture du Prendre-Soin (CPS).
Sans cette culture, cette vocation, cette prédisposition, cette mentalité, cette envie, cette attitude, ce comportement, cette évolution de conscience et sans cette volonté, la prise en charge du bien-être d’une personne âgée ne serait pas possible. Ce que beaucoup de gens oublient, ignorent, ou ne cherchent même plus à comprendre, c’est que toutes les personnes qui travaillent dans le secteur médico-social, quels que soient leurs diplômes, attestations ou qualifications, ne sont pas nécessairement animées par les valeurs de la Culture du Prendre-Soin.
Il est important de rappeler qu’un soignant est un professionnel : une personne formée et rémunérée pour son travail, dont le rôle est d’aider à améliorer ou à maintenir la santé d’autrui. Mais ce rôle ne se limite pas à des gestes techniques. Le soignant accompagne l’autre en tenant compte de sa dignité et de son estime de soi. Prendre soin d’une personne, en particulier lorsqu’elle est atteinte d’une maladie neurodégénérative, autrement dit lorsqu’elle souffre d’une vieillesse perturbée, souvent marquée par la confusion et la désorientation dans l’espace et dans le temps, ne s’improvise pas. Cela exige un savoir-faire, bien-sûr, mais surtout un savoir-être, une posture humaine et profondément respectueuse, qui devrait être enseignée et cultivée. C’est pourquoi il est souvent difficile de comprendre qu’une personne censée organiser la prise en charge des résidents dans un établissement médico-social, passe sa journée en uniforme de soignant derrière un écran. Cela peut malheureusement illustrer une certaine hypocrisie, de plus en plus banalisée et justifiée au nom du « marketing » institutionnel. De la même manière, lorsqu’une personne responsable d’une unité de soins passe la journée en tenue civile, prétextant diverses occupations, allant et venant sans adresser un seul mot aux résidents, cela peut, peut-être, se comprendre… mais non sans peine. Quand une responsable de jour ou de nuit, titulaire d’un diplôme en soins infirmiers de surcroît, se révèle incapable de fournir, avec professionnalisme, des informations claires sur le diagnostic infirmier ou l’état de santé d’un résident transféré à l’hôpital, cela peut également s’expliquer… mais demeure, sans l’ombre d’un doute, inacceptable. Et que dire d’une personne ASSC (Assistante en Soins et Santé Communautaire), parce qu’elle a appris à effectuer une prise de sang, une injection d’insuline, à mesurer la tension artérielle ou à reconnaître certains médicaments, se voit confier la responsabilité de les déballer et de les distribuer, parfois sans prêter attention à la vitesse d’administration et sans réelle considération pour les effets secondaires que ces traitements peuvent entraîner. Quand une telle personne en vient à se considérer comme diplômée en soins infirmiers simplement parce qu’on lui confie des responsabilités, de plus en plus éloignée de son champ de compétences, il y a clairement quelque chose qui ne tourne pas rond. Sans s’en rendre compte, le système place cette employée du secteur santé-social dans une position ambiguë, qui ne dit pas son nom.
Au final, on ne peut s’empêcher de se demander : que signifie réellement le terme « diplômé en soins infirmiers » dans une institution pour personnes âgées ? Quelle en est la portée, le sens concret au quotidien ? Et surtout, dans la pratique, une personne diplômée en soins infirmiers est-elle, peut-elle, doit-elle être une accompagnante ? C’est là toute la question.
Dans ce climat de doutes et de multiples interrogations face aux défis actuels, ce sont les SDI (Sans Diplôme Infirmier), souvent en sous-effectif et mal organisés, qui doivent pourtant répondre aux besoins et attentes des bénéficiaires. Ce sont eux qu’on envoie au front, malgré un manque criant de reconnaissance et de moyens. Et pourtant, ces mêmes assistants, très proches des résidents, adoptent parfois des comportements déconcertants, de plus en plus incompréhensibles. On dirait que, bien souvent, avant même de commencer une tâche, ils souhaitent déjà l’avoir terminée. Ces professionnels du secteur santé-social, bien qu’ils soient rémunérés pour leur travail, entrent dans une chambre pour aider un résident… et en ressortent quelques instants plus tard, accompagnés de ce dernier, les yeux à peine ouverts, les cheveux en bataille, le pull-over soigneusement aspergé de déodorant mais porté à l’envers. Rassurez-vous, le résident est bel et bien réveillé. Seulement, l’assistant, très pressé de gagner du temps car six ou sept autres résidents l’attendent déjà, a jugé inutile de l’aider à faire sa toilette. Vous voyez un peu le tableau. Si on observe attentivement les lèvres ou les doigts de ce résident, on pourra sans difficulté deviner ce qu’il a mangé la veille au souper. Quelques heures plus tard, si par hasard quelqu’un entre dans sa chambre, il ou elle découvrira un espace non seulement en désordre, mais surtout envahi par une odeur insoutenable. Une odeur lourde, tenace, qui vient du linge de lit et du pyjama, restés plusieurs jours humides d’urine, et d’une protection hygiénique souillée, abandonnée sur la table de soins ou même jetée à même le sol après le passage du personnel. Rien n’est exagéré ici. Ce n’est même plus une révélation. Il suffit de lever un peu les yeux, de regarder autour de soi avec honnêteté pour constater que, malheureusement, c’est devenu une réalité quotidienne dans certains établissements médico-sociaux. Une évidence silencieuse, mais criante, pour qui veut bien la voir.
Pendant ce temps, dans les bureaux, dans les couloirs ou lors des réunions d’équipe, on parle d’humanisation des soins, de bientraitance, de respect de la dignité des résidents. De beaux mots, des intentions louables affichées fièrement sur les murs des institutions, reprises dans les chartes et citées dans les formations. Sur le terrain, dans le concret, dans l’intimité des chambres, il en va souvent autrement. Le personnel fait ce qu’il peut, avec ce qu’il a. Les horaires sont vraiment serrés, les équipes réduites, les urgences de plus en plus constantes. Dans ce rythme effréné, ce sont les gestes essentiels, ceux qui demandent du temps, de la présence et de la patience, qui passent à la trappe. On parle d’accompagnement, mais seulement l’accompagnant n’a souvent ni le temps d’accompagner, ni les moyens de le faire dans le respect de la personne. Alors on s’interroge, que devient la notion de soin ? Qu’est-elle, au fond, si elle ne va plus au-delà de l’acte technique ou de la simple exécution d’une tâche ? Peut-on encore parler de « prendre soin » lorsque le résident devient une case à cocher, un nom sur une fiche, un timing à respecter ? Quand la relation humaine s’efface derrière la pression institutionnelle ?
C’est effectivement bien là le paradoxe. On exige du personnel qu’il soit rapide, efficace et profondément humain. Mais à force de tirer sur la corde, on finit par oublier que la qualité d’un soin ne se mesure pas à la vitesse d’exécution, mais à la manière dont il est donné. Ce type de situation questionne profondément notre rôle en tant qu’accompagnant. L’acte de nourrir ne se limite pas à poser une assiette devant quelqu’un, mais implique une réelle attention à la personne, à son état du moment, à ses besoins, ses préférences et même à ses émotions. Lorsqu’un résident refuse de manger, ce refus est rarement anodin : il peut traduire une lassitude, une douleur, un inconfort, ou simplement un besoin de relation humaine plus sincère, plus vraie, plus authentique. Accompagner, c’est prendre le temps d’observer, de dialoguer, d’essayer de comprendre ce que cache ce refus. C’est aussi remettre en question nos automatismes, nos jugements trop rapides et chercher des réponses au-delà de l’évidence. Pourquoi ce résident refuse-t-il le plat aujourd’hui alors qu’il acceptait ce même plat hier ? A-t-il été sollicité avec bienveillance ? A-t-on pris en compte son rythme, sa dignité, sa parole, même silencieuse ?
En réalité, c’est dans ces petits gestes du quotidien que se joue la qualité de notre accompagnement. Refuser de banaliser ces scènes, c’est affirmer que chaque personne mérite notre présence pleine, entière et sincère. Cela demande une posture professionnelle exigeante, mais essentielle, faite d’écoute, d’humilité et surtout de lien humain. Ce lien humain, justement, est souvent ce qui fait toute la différence. Il ne s’agit pas seulement de faire « pour » l’autre, mais de faire « avec » lui, dans une relation de respect et de reconnaissance mutuelle. Trop souvent, les gestes techniques prennent le pas sur la relation. Pourtant, accompagner c’est avant tout reconnaître l’autre comme une personne et non comme un simple bénéficiaire de soins. Cela demande aussi de sortir d’une logique de rendement ou d’efficacité pure. Bien-sûr, les contraintes de temps, de personnel ou d’organisation sont réelles, mais elles ne doivent jamais justifier une perte de sens. Offrir trois minutes d’attention sincère peut avoir plus d’impact qu’un acte accompli mécaniquement en trente secondes. Un regard, une parole douce, un sourire, une oreille attentive, un geste patient… tout cela fait partie intégrante de l’accompagnement, bien plus qu’on le croit.
Accompagner, c’est aussi s’autoriser à être touché, à s’impliquer émotionnellement, avec justesse. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est au contraire une preuve de force, mais surtout de professionnalisme. Cela suppose de se former, de s’interroger, d’échanger avec ses collègues, de se remettre en question. C’est un chemin exigeant, parfois inconfortable, mais profondément humain. Il arrive que certains membres du personnel soignant oublient qu’avec l’âge, l’appétit peut diminuer et que manger ou boire peut devenir une activité secondaire. De nombreuses personnes âgées ont besoin d’être encouragées avec bienveillance et patience, pour prendre conscience qu’un repas ou une boisson est devant elles, et pour les inciter à s’alimenter.

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