Les cavaliers de Zapata
Les rebelles
EUR 22,90
Format: 13,5 x 21,5 cm
Nombre de pages: 210
ISBN: 978-3-903861-63-3
Date de publication: 01.07.2021
C’est l’heure de la révolution au Mexique. Zapata est un nom magique pour beaucoup de Mexicains. Quand on pense à lui, on pense aussi à ses cavaliers. Ils sont des frères, ils sont cinq cents, six cents, peut-être mille. Ils poussent un cri à l’unisson : « Viva la revolución ! viva ! »
PREMIÈRE PARTIE: JERÓNIMO MIRANDA TORRES AZTECA LE DESCENDANT DES AZTÈQUES
Chapitre 1: LES CIMES DES MONTAGNES DE LA SIERRA
Zapata est un nom magique pour beaucoup de Mexicains. Jake Henderson le savait. Il savait que le général Zapata était le chef des révolutionnaires dans le sud du Mexique. Et que Pancho Villa l’était dans le nord du pays.
Il savait aussi qu’Emiliano Zapata portait le surnom d’Attila du Sud.
L’affaire en était restée là jusqu’au jour où Henderson avait regardé par hasard un film documentaire à la télévision.
Certaines images s’étaient incrustées dans son esprit. Des sangsues qui ne le lâchaient plus.
Une vaste plaine couverte de cavaliers.
Tous étaient des frères, cinq cents, six cents, peut-être mille. Ils poussèrent tous un cri à l’unisson :
« Viva la revolución ! Viva ! »
C’étaient les cavaliers de Zapata.
En arrière-fond, les bruits de la bataille résonnaient.
Une colonne de cavaliers traversa un village quelque part dans le sud du Mexique ; c’étaient des zapatistas, des cavaliers de Zapata.
Une nuée de cavaliers en blanc déferla d’une colline telle une avalanche. Une batterie de canons était braquée dans la direction opposée aux assaillants, leurs serveurs s’affairant à les tourner. Mais il était déjà trop tard, la vague des cavaliers les submergea. Le combat cessa. La plaine redevint calme après la tempête.
Les cavaliers en blanc ne délaissèrent pas Jake Henderson.
Cette nuit-là, Jake eut des insomnies. Il pensa à Antonio Rivera, le Capitan, le fidèle compagnon de Pancho Villa. El Capitan lui avait raconté l’épopée des dorados, les soldats de Villa. Jake avait mauvaise conscience à cause d’une promesse : la promesse faite à El Capitan de raconter aussi l’aventure des zapatistas.
Une promesse non tenue jusqu’à ce jour.
Henderson finit par se lever en pleine nuit pour fouiller dans ses papiers. Dans une note, il retrouva le nom qu’il recherchait : Jerónimo Miranda Torres. Etait-il encore en vie ? Si oui, il devait avoir plus de cent ans aujourd’hui.
Le lendemain matin, il en reçut la confirmation d’un ami journaliste de Mexico City. Jerónimo était encore en vie.
La nuit suivante il rêva de nouveau des cavaliers de Zapata.
Le nom de Jerónimo Miranda Torres revint plusieurs fois dans son rêve. Et c’est alors que Jake Henderson a entendu le chant :
Le chant de guerre des cavaliers de Zapata.
Chapitre 2: LE CHANT DES CAVALIERS DE ZAPATA
Jaunes sont les plaines en été.
Dans les champs de blé,
Soudain des fleurs blanches éclosent
Comme des roses.
Tel un coup de tonnerre,
Notre cri de guerre
Sous le ciel bleu jaillit,
Poussé par mille voix unies.
Viva la revolución ! Viva !
Viva la revolución ! Viva !
Nous sommes les cavaliers de Zapata.
Tous vêtus de blanc,
Nous dévalons à travers les champs.
Nous sommes frères de sang.
Rien n’arrête le torrent,
Qui tombe de roche en roche,
De cascade en cascade,
Rien n’arrête
Dans les plaines et les sierras,
Les cavaliers de Zapata.
La nuit est tombée
Sur les fleurs fauchées.
Demain matin, à l’orée,
De fraiches fleurs sont nées.
Sont séchées nos larmes,
Et rechargées nos armes.
Notre cri de guerre
Retentit de nouveau
À travers champs et vaux,
Le cri de guerre
Des cavaliers de Zapata :
Viva la revolución ! Viva !
Viva la revolución ! Viva !
Chapitre 3: JERÓNIMO MIRANDA TORRES
Mon nom est Jerónimo Miranda Torres. Je suis originaire du village de Milpa Alta et fier de mes ancêtres, les Aztèques. On me dénomme aussi Azteca.
Je suis devenu un cavalier de Zapata parce que l’injustice m’a révolté.
C’est moi le narrateur de ce qui s’est passé, mais dans la Cronica zapatista je donne aussi la voix à mes frères de sang Tara Diego, Moctezuma Las Casas, Benito Navarro et Santiago Alvarez.
Chaque nuit je rêve.
Je rêve d’hommes qui mènent un long combat pour reconquérir leur dignité perdue, cette dignité que d’autres hommes sans scrupules leur ont fait perdre. Je rêve d’hommes révoltés qui, un jour, las des exactions de leurs tortionnaires, se sont levés au cri de « Tierra y Libertad ».
Je rêve de ma jeunesse aux beaux jours de la révolution.
Chaque matin, je me réveille quand les premières lueurs de l’aube chassent la nuit de ma chambre. Les yeux encore fermés, j’écoute un moment le gazouillement des oiseaux.
Mon premier regard est toujours pour la photo.
Elle est accrochée au mur crépi à la chaux blanche.
La photo les montre regardant vers l’objectif, des hommes basanés au regard sombre et dur, personne n’esquisse un sourire. Leur regard, un morceau de charbon. Deux d’entre eux sont assis à une table en bois, les deux autres se tiennent debout derrière eux.
Celui assis à gauche, les yeux légèrement plissés, semble fixer le photographe – ou qui sait, l’avenir ? – avec méfiance. Il porte une large et profonde entaille à la joue gauche.
Son voisin ne daigne même pas regarder le photographe, il fixe d’un air méditatif le fusil qu’il tient à la main. Il porte la cartouchière en bandoulière et un pistolet automatique dans un holster fixé sur la poitrine.
L’homme debout à gauche, derrière l’homme à la balafre, regarde fixement l’objectif avec une mine de défi.
Le quatrième homme a la tête légèrement relevée comme s’il voulait regarder le ciel.
Tous portent la moustache, seule la forme diffère, droite, tombante ou incurvée. Tous sont des Indiens.
La photo a été prise à Mexico, un des premiers jours de décembre 1914.
Sur la seconde photo, ils posent en vainqueurs. Tous ont la double cartouchière croisée sur la poitrine. À cette occasion-là, deux des hommes esquissent un léger sourire, les autres affichent un air grave.
Ce sont mes amis Tara Diego, Moctezuma Las Casas, Benito Navarro et Santiago Alvarez.
Ce sont des cavaliers de Zapata.
Puis mon regard se pose sur mon vieux compagnon, le compagnon de mes combats. J’ai chaque matin un regard attendri pour lui, il a vieilli avec moi. Souvent, je le caresse, je le dépoussière, je m’assure qu’il n’y a pas de grain de sable dessus, je le cire lentement. Il a traversé les années avec moi, je n’ai jamais pu me résoudre à me séparer de lui. Il ne m’a jamais trahi.
Le matin, au lever du jour, je vais souvent dehors avec lui, je sors du village en direction de la montagne. Quand je suis assez loin du monde civilisé, je m’arrête pour choisir un point de repère sur les rochers, je vise à peine et j’appuie doucement sur la détente. Même aujourd’hui, je ne rate jamais ma cible. J’ai la chance que mes mains ne tremblent pas encore et ma vue est aussi bonne qu’à l’époque de la revolución. Je ne tire jamais sur un animal, un arbre, une fleur ou un cactus.
Pourquoi ne me suis-je pas séparé de mon fusil ? La raison en est simple : il est chargé de trop de souvenirs. Me séparer de lui aurait signifié me séparer d’une partie de moi. Il m’est impossible de me séparer d’une partie de moi-même.
Tous mes frères n’ont pas adopté la même attitude. Prenons par exemple Moctezuma Las Casas.
À la fin de la revolución, Moctezuma a déclaré : « Je ne toucherai plus jamais à un fusil. La vérité est que j’ai horreur des armes à feu, de toutes les armes à feu. Je les ai toujours détestées. Elles n’apportent que la mort et le malheur. Certes, j’ai été obligé de me servir de mon fusil, mais cela ne change rien à mon opinion. »
Je comprends bien Moctezuma.
Pour Benito Navarro le fusil est un symbole. Il l’a placé dans sa meilleure chambre, au-dessus de la cheminée. Son fusil est sacré pour Benito. Personne n’a le droit d’y toucher. L’arme a une histoire. Il a appartenu au père de Benito qui s’en est servi pendant la révolution de Juárez. Puis il l’a donné à son fils qui s’en est servi pendant notre revolución. C’est une relique qui a une âme. Elle sera transmise de génération en génération.
Tara Diego m’a dit un jour, goguenard. « Je garde mon fusil. Un cavalier de Zapata sans son fusil ? Tu peux vraiment imaginer cela, Jerónimo ? Moi pas ! »
Santiago Alvarez : « Me séparer de mon fusil ? Pourquoi, por Dios ? Je ne saurais me défaire ni de ma balafre ni de ma pétoire. »
Seul Moctezuma s’est débarrassé de son fusil.
Pour Benito, le fusil est une relique sacrée, symbole de la pérennité des révolutions.
Pour Moctezuma, le fusil est symbole de mort et de destruction.
Pour Tara, il est l’instrument de la révolte et de la liberté.
Pour Santiago, il en est de même que pour Tara.
Pour moi, mon fusil porte en lui tous mes souvenirs et incarne ainsi la mémoire de la revolución.
DEUXIEME PARTIE:
UN PETIT VILLAGE DANS LE MORELOS
Chapitre 4
Un jour, mon ami Jerónimo Miranda Torres – beaucoup d’entre nous l’appelaient simplement Azteca pendant la révolution – me prit à part :
« Écoute, Jesús, tu sais que je suis le principal narrateur de la Cronica zapatista.
– Je sais. C’est toi qui racontes ce qui s’est passé pendant notre révolution.
– Tu sais aussi qu’au début de la révolution, j’étais encore à Milpa Alta. Toi, tu étais depuis votre enfance avec Emiliano à Anenecuilco et à Vila de Ayala. Ce qui fait que tu es sans doute mieux placé que moi pour raconter quelques chapitres de la chronique. Tu es un témoin oculaire de cette période. C’est toi qui raconteras comment tout a commencé. Tu en as été témoin, pas moi, donc à moi de m’effacer. Es-tu d’accord pour prêter ta voix pour quelques chapitres de la Cronica ? »
J’acceptais avec joie et remerciais chaleureusement Azteca d’avoir pensé à moi.
« La parole est donc à toi, Jesús, me dit-il. À toi, l’ami et le compagnon d’enfance de Miliano. Tu nous racontes tes souvenirs des débuts de la révolution. Moi je viens prendre la relève quand je me joins à vous après que j’ai quitté mon village de Milpa Alta. »
Chapitre 1: LES CIMES DES MONTAGNES DE LA SIERRA
Zapata est un nom magique pour beaucoup de Mexicains. Jake Henderson le savait. Il savait que le général Zapata était le chef des révolutionnaires dans le sud du Mexique. Et que Pancho Villa l’était dans le nord du pays.
Il savait aussi qu’Emiliano Zapata portait le surnom d’Attila du Sud.
L’affaire en était restée là jusqu’au jour où Henderson avait regardé par hasard un film documentaire à la télévision.
Certaines images s’étaient incrustées dans son esprit. Des sangsues qui ne le lâchaient plus.
Une vaste plaine couverte de cavaliers.
Tous étaient des frères, cinq cents, six cents, peut-être mille. Ils poussèrent tous un cri à l’unisson :
« Viva la revolución ! Viva ! »
C’étaient les cavaliers de Zapata.
En arrière-fond, les bruits de la bataille résonnaient.
Une colonne de cavaliers traversa un village quelque part dans le sud du Mexique ; c’étaient des zapatistas, des cavaliers de Zapata.
Une nuée de cavaliers en blanc déferla d’une colline telle une avalanche. Une batterie de canons était braquée dans la direction opposée aux assaillants, leurs serveurs s’affairant à les tourner. Mais il était déjà trop tard, la vague des cavaliers les submergea. Le combat cessa. La plaine redevint calme après la tempête.
Les cavaliers en blanc ne délaissèrent pas Jake Henderson.
Cette nuit-là, Jake eut des insomnies. Il pensa à Antonio Rivera, le Capitan, le fidèle compagnon de Pancho Villa. El Capitan lui avait raconté l’épopée des dorados, les soldats de Villa. Jake avait mauvaise conscience à cause d’une promesse : la promesse faite à El Capitan de raconter aussi l’aventure des zapatistas.
Une promesse non tenue jusqu’à ce jour.
Henderson finit par se lever en pleine nuit pour fouiller dans ses papiers. Dans une note, il retrouva le nom qu’il recherchait : Jerónimo Miranda Torres. Etait-il encore en vie ? Si oui, il devait avoir plus de cent ans aujourd’hui.
Le lendemain matin, il en reçut la confirmation d’un ami journaliste de Mexico City. Jerónimo était encore en vie.
La nuit suivante il rêva de nouveau des cavaliers de Zapata.
Le nom de Jerónimo Miranda Torres revint plusieurs fois dans son rêve. Et c’est alors que Jake Henderson a entendu le chant :
Le chant de guerre des cavaliers de Zapata.
Chapitre 2: LE CHANT DES CAVALIERS DE ZAPATA
Jaunes sont les plaines en été.
Dans les champs de blé,
Soudain des fleurs blanches éclosent
Comme des roses.
Tel un coup de tonnerre,
Notre cri de guerre
Sous le ciel bleu jaillit,
Poussé par mille voix unies.
Viva la revolución ! Viva !
Viva la revolución ! Viva !
Nous sommes les cavaliers de Zapata.
Tous vêtus de blanc,
Nous dévalons à travers les champs.
Nous sommes frères de sang.
Rien n’arrête le torrent,
Qui tombe de roche en roche,
De cascade en cascade,
Rien n’arrête
Dans les plaines et les sierras,
Les cavaliers de Zapata.
La nuit est tombée
Sur les fleurs fauchées.
Demain matin, à l’orée,
De fraiches fleurs sont nées.
Sont séchées nos larmes,
Et rechargées nos armes.
Notre cri de guerre
Retentit de nouveau
À travers champs et vaux,
Le cri de guerre
Des cavaliers de Zapata :
Viva la revolución ! Viva !
Viva la revolución ! Viva !
Chapitre 3: JERÓNIMO MIRANDA TORRES
Mon nom est Jerónimo Miranda Torres. Je suis originaire du village de Milpa Alta et fier de mes ancêtres, les Aztèques. On me dénomme aussi Azteca.
Je suis devenu un cavalier de Zapata parce que l’injustice m’a révolté.
C’est moi le narrateur de ce qui s’est passé, mais dans la Cronica zapatista je donne aussi la voix à mes frères de sang Tara Diego, Moctezuma Las Casas, Benito Navarro et Santiago Alvarez.
Chaque nuit je rêve.
Je rêve d’hommes qui mènent un long combat pour reconquérir leur dignité perdue, cette dignité que d’autres hommes sans scrupules leur ont fait perdre. Je rêve d’hommes révoltés qui, un jour, las des exactions de leurs tortionnaires, se sont levés au cri de « Tierra y Libertad ».
Je rêve de ma jeunesse aux beaux jours de la révolution.
Chaque matin, je me réveille quand les premières lueurs de l’aube chassent la nuit de ma chambre. Les yeux encore fermés, j’écoute un moment le gazouillement des oiseaux.
Mon premier regard est toujours pour la photo.
Elle est accrochée au mur crépi à la chaux blanche.
La photo les montre regardant vers l’objectif, des hommes basanés au regard sombre et dur, personne n’esquisse un sourire. Leur regard, un morceau de charbon. Deux d’entre eux sont assis à une table en bois, les deux autres se tiennent debout derrière eux.
Celui assis à gauche, les yeux légèrement plissés, semble fixer le photographe – ou qui sait, l’avenir ? – avec méfiance. Il porte une large et profonde entaille à la joue gauche.
Son voisin ne daigne même pas regarder le photographe, il fixe d’un air méditatif le fusil qu’il tient à la main. Il porte la cartouchière en bandoulière et un pistolet automatique dans un holster fixé sur la poitrine.
L’homme debout à gauche, derrière l’homme à la balafre, regarde fixement l’objectif avec une mine de défi.
Le quatrième homme a la tête légèrement relevée comme s’il voulait regarder le ciel.
Tous portent la moustache, seule la forme diffère, droite, tombante ou incurvée. Tous sont des Indiens.
La photo a été prise à Mexico, un des premiers jours de décembre 1914.
Sur la seconde photo, ils posent en vainqueurs. Tous ont la double cartouchière croisée sur la poitrine. À cette occasion-là, deux des hommes esquissent un léger sourire, les autres affichent un air grave.
Ce sont mes amis Tara Diego, Moctezuma Las Casas, Benito Navarro et Santiago Alvarez.
Ce sont des cavaliers de Zapata.
Puis mon regard se pose sur mon vieux compagnon, le compagnon de mes combats. J’ai chaque matin un regard attendri pour lui, il a vieilli avec moi. Souvent, je le caresse, je le dépoussière, je m’assure qu’il n’y a pas de grain de sable dessus, je le cire lentement. Il a traversé les années avec moi, je n’ai jamais pu me résoudre à me séparer de lui. Il ne m’a jamais trahi.
Le matin, au lever du jour, je vais souvent dehors avec lui, je sors du village en direction de la montagne. Quand je suis assez loin du monde civilisé, je m’arrête pour choisir un point de repère sur les rochers, je vise à peine et j’appuie doucement sur la détente. Même aujourd’hui, je ne rate jamais ma cible. J’ai la chance que mes mains ne tremblent pas encore et ma vue est aussi bonne qu’à l’époque de la revolución. Je ne tire jamais sur un animal, un arbre, une fleur ou un cactus.
Pourquoi ne me suis-je pas séparé de mon fusil ? La raison en est simple : il est chargé de trop de souvenirs. Me séparer de lui aurait signifié me séparer d’une partie de moi. Il m’est impossible de me séparer d’une partie de moi-même.
Tous mes frères n’ont pas adopté la même attitude. Prenons par exemple Moctezuma Las Casas.
À la fin de la revolución, Moctezuma a déclaré : « Je ne toucherai plus jamais à un fusil. La vérité est que j’ai horreur des armes à feu, de toutes les armes à feu. Je les ai toujours détestées. Elles n’apportent que la mort et le malheur. Certes, j’ai été obligé de me servir de mon fusil, mais cela ne change rien à mon opinion. »
Je comprends bien Moctezuma.
Pour Benito Navarro le fusil est un symbole. Il l’a placé dans sa meilleure chambre, au-dessus de la cheminée. Son fusil est sacré pour Benito. Personne n’a le droit d’y toucher. L’arme a une histoire. Il a appartenu au père de Benito qui s’en est servi pendant la révolution de Juárez. Puis il l’a donné à son fils qui s’en est servi pendant notre revolución. C’est une relique qui a une âme. Elle sera transmise de génération en génération.
Tara Diego m’a dit un jour, goguenard. « Je garde mon fusil. Un cavalier de Zapata sans son fusil ? Tu peux vraiment imaginer cela, Jerónimo ? Moi pas ! »
Santiago Alvarez : « Me séparer de mon fusil ? Pourquoi, por Dios ? Je ne saurais me défaire ni de ma balafre ni de ma pétoire. »
Seul Moctezuma s’est débarrassé de son fusil.
Pour Benito, le fusil est une relique sacrée, symbole de la pérennité des révolutions.
Pour Moctezuma, le fusil est symbole de mort et de destruction.
Pour Tara, il est l’instrument de la révolte et de la liberté.
Pour Santiago, il en est de même que pour Tara.
Pour moi, mon fusil porte en lui tous mes souvenirs et incarne ainsi la mémoire de la revolución.
DEUXIEME PARTIE:
UN PETIT VILLAGE DANS LE MORELOS
Chapitre 4
Un jour, mon ami Jerónimo Miranda Torres – beaucoup d’entre nous l’appelaient simplement Azteca pendant la révolution – me prit à part :
« Écoute, Jesús, tu sais que je suis le principal narrateur de la Cronica zapatista.
– Je sais. C’est toi qui racontes ce qui s’est passé pendant notre révolution.
– Tu sais aussi qu’au début de la révolution, j’étais encore à Milpa Alta. Toi, tu étais depuis votre enfance avec Emiliano à Anenecuilco et à Vila de Ayala. Ce qui fait que tu es sans doute mieux placé que moi pour raconter quelques chapitres de la chronique. Tu es un témoin oculaire de cette période. C’est toi qui raconteras comment tout a commencé. Tu en as été témoin, pas moi, donc à moi de m’effacer. Es-tu d’accord pour prêter ta voix pour quelques chapitres de la Cronica ? »
J’acceptais avec joie et remerciais chaleureusement Azteca d’avoir pensé à moi.
« La parole est donc à toi, Jesús, me dit-il. À toi, l’ami et le compagnon d’enfance de Miliano. Tu nous racontes tes souvenirs des débuts de la révolution. Moi je viens prendre la relève quand je me joins à vous après que j’ai quitté mon village de Milpa Alta. »



